Je te déteste aussi (1)

Chapitre 1

 

Je la déteste. Pourtant, je suis incapable de la quitter. Elle est en moi, dans chaque fibre de mon corps, dans chaque respiration que je prends, dans chaque pulsation de sang dans mes artères, dans chacune de mes pensées. Je l’aime. Je l’aime comme un dingue. Avec toutes mes tripes. Pourquoi se torture-t-elle ainsi volontairement ? J’aurais dû la quitter, partir, mais elle est toujours ancrée au fond de moi. Je ne supporterais pas qu’il lui arrive malheur. Elle est forte : cette vie, elle l’a vivait avant moi, et la vivrait certainement encore après. Elle n’a besoin de personne pour la défendre, pour la conseiller, pour l’aider. Oui, de personne.

Chaque fois que je la rejoins, elle m’ouvre ses draps, m’accueille dans ses bras, me prend en elle. Elle m’entoure d’une passion enivrante, d’une tendresse rassurante, d’une expertise sexuelle délirante, d’une violence déroutante. Je me retrouve enchaîné à elle, plus solidement que si elle m’avait mis physiquement des chaînes. Plus que son corps, c’est mon cœur qui s’exprime. Je ne sais pas comment lui faire accepter mon attachement.

Sentant mon changement d’humeur, elle s’écarte puis se relève avec la grâce d’un félin pour se vêtir. Merde. En voyant ses fesses disparaître, mon désir resurgit, intact. Néanmoins, je ne veux pas lui courir après, lui montrer combien elle me blesse chaque fois, chaque jour, chaque heure. Je suis dans de beaux draps.

— Il faut que j’y aille.

Sa voix douce et légèrement grave me fait lever la tête. Elle s’est penchée vers moi et pour un baiser rapide, mais intense tandis que ses longs cheveux blonds caressent mon visage et mon torse. Talons hauts enfilés, elle disparaît derrière la porte. Mais qu’est-ce que je fais là, bordel ! J’ai envie de me donner des claques ! J’attrape son oreiller pour y enfouir mon visage, respirant son odeur avec la sensation de m’y noyer. Combien de temps encore pourrais-je supporter cette existence ? Pourquoi joue-t-elle ainsi avec mes sentiments, avec sa vie et sa santé ? Un dernier soupir et je m’endors pour quelques heures bienfaitrices.

Je me faufile discrètement par l’escalier de service, pensif. J’ai beau être un fantôme dans sa vie, j’ai le mérite d’exister. À la ramasse, je me rassure comme je peux. En relevant le col de mon pardessus qu’une bourrasque vient de rabattre, je rejoins le restaurant où j’officie. J’ai tout à fait conscience que rien ne peux m’empêcher de la rejoindre ce soir, ni les autres soirs depuis que cette histoire de fous a commencé.

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