Être une femme

Chapitre 1

Être l’épouse de quelqu’un d’autre vous désigne comme sa femme. Magique n’est-ce pas ? Encore que me définir par rapport à l’autre me semble un peu réducteur. C’est mon avis. Je dois être trop exigeante.

Mais si je ne suis pas mariée, me direz-vous ? Ne suis-je pas une femme malgré tout ? Pas de panique, ce cas est prévu ! Si vous n’êtes pas mariée, vous pouvez être une femme, à condition de réunir deux exigences : être un humain et avoir un sexe féminin. Vous savez de quoi il s’agit ?

Je suis une femme. Pourquoi ? Parce que j’ai vérifié. J’ai les caractéristiques d’un être humain, et j’ai un sexe, qui vu sa taille et son aspect, semble féminin.

Pour autant, je ne suis pas satisfaite. Être une femme s’avère beaucoup plus complexe que cette simple et basique définition. Étudions ensemble la question.

Être une femme :

— C’est grandir en étant protégée par nos parents, notre famille, en ressentant leur inquiétude pour ce qui serait susceptible de nous arriver. Petite, c’est flou, pas clair : on conçoit juste l’émergence d’un problème, un danger que l’on est incapable d’identifier.

— C’est être la petite fille chérie de notre héros de papa.

— C’est avoir le choix de porter des jupes ou des pantalons… ou les deux. Ne boudons pas notre plaisir !

— C’est lancer à notre père « fais-moi confiance », dire à notre mère la première fois que du rouge apparaît entre nos jambes « qu’est-ce qui m’arrive ? » l’inquiétude chevillée au corps.

— C’est devoir parlementer avec nos parents pour pouvoir sortir et rendre en boîte avec nos copines, c’est parlementer pour sortir manger quelque part, c’est devenir détective pour choisir nos amis.

— C’est, après avoir choisi soigneusement nos amitiés, devoir les justifier à nos mêmes parents, en ayant l’impression d’être l’adulte dans l’histoire.

— C’est nous interroger à chaque sortie : suis-je correctement vêtue ? C’est nous inquiéter de l’endroit où l’on va. C’est nous renseigner sur les gens qui nous accompagnent.

— C’est le regard des autres posé sur nous. Des hommes et même de certaines femmes. Un regard que nous n’oublions pas.

— C’est voir le regard des autres évolué, devenir plus agressif, plus intéressé à mesure que notre corps change, se féminise.

— C’est préférer l’amour à la guerre, les compromis, le clair-obscur.

— C’est vouloir faire pipi et devoir se retenir. Avoir peur de contracter certaines maladies parce que nous y sommes plus sujettes. Merci la morphologie !

— C’est avoir des seins qui empêchent de courir sans entraves, ou ne pas en avoir et subir les moqueries et la condescendance.

— C’est nous sentir en danger quand notre voiture nous lâche et notre téléphone aussi.

— C’est savoir faire plusieurs choses à la fois, d’autres ne le peuvent pas.

— C’est avoir des intuitions et une logique que, au fond, certains nous envient.

— C’est nous sentir plus faibles physiquement et accepter l’idée d’être incapables de nous défendre seule.

— C’est parvenir à trouver un compromis entre la féminité et la pudeur, entre la protection et l’extraversion, entre l’affection et le badinage qui n’est pas détourné pour mieux nous culpabiliser.

— C’est ne pas connaître et comprendre des mots considérés trop crus et malsains pour nos chastes oreilles… et subir un jour le rire moqueur de nos collègues ou amis à une blague que nous ne saisissons pas. Nous constaterons que personne n’a jugé utile de nous protéger de cette solitude et des railleries.

— C’est devoir s’épiler sous peine de nous exposer, à nouveau, aux remarques dégradantes et ironies pernicieuses.

— C’est jouer la fière et encaisser avec placidité et réparties frappées, la condescendance de ces réparateurs, garagistes, artisans, après quelques années de pratique.

— C’est faire avec l’injustice organisée des multinationales, bon cœur contre mauvaise fortune, quand nous découvrons que le même produit sera toujours plus cher, conséquence d’un design plus coloré. Le girly a un prix que nous n’avions pas prévu, alors nous nous servons chez les hommes lorsque c’est possible.

— C’est accepter que notre employeur rechigne à nous doter d’un salaire équivalent à notre collègue masculin pour effectuer les mêmes tâches, s’il a la bonté de ne pas en demander plus.

— C’est porter la vie, le futur, l’avenir, mais c’est aussi souffrir, car tout a un prix. Donner naissance avec plaisir à un bout de chou qui nous fait craquer, ou endurer le martyre pour le sortir de nos tripes en maudissant notre féminité.

— C’est avoir des hormones qui travaillent de l’adolescence à la fin de notre vie. Celles qui perturbent notre comportement agissent sur la régulation de notre température en nous faisant croire que nous sommes au Sahel et pas dans une salle climatisée. Celles qui nous obligent à nous excuser d’avoir pété un plomb parce que la dame des impôts nous a informées qu’il manque un énième document dans notre dossier.

— C’est aussi avoir un statut social, culturel et/ou économique différent selon le pays où nous vivons. Les perspectives qui s’offrent à nous seront le résultat du combat de celles qui nous auront précédées et auront lutté, parfois jusqu’à la mort, pour que nous puissions avoir le droit de dire non.

— C’est souffrir de manque de soins, de manque de considération, de manque de reconnaissance parce que nous sommes celles qui doivent baisser la tête, qui doivent se taire, qui n’ont pas le droit au même traitement qu’un homme dans certaines cultures ou croyances.

— C’est avoir conscience que le petit voisin que nous taquinons et avec qui nous jouons aujourd’hui pourrait demain se servir de cette complicité pour profiter de notre crédulité. Que son regard pourrait changer un jour sans que nous comprenions pourquoi.

— C’est avoir souvent plus froid que celui qui se couche contre nous, poser nos pieds gelés sur sa jambe et l’entendre se plaindre sans pour autant s’esquiver.

— C’est savoir qu’une femme sur trois sera battue, violée, tuée par un homme au cours de sa vie.

— C’est sourire, ravie, devant le regard complice de notre descendance.

— C’est rougir sous le regard appréciateur et affectueux d’un autre qui démontre ainsi son intérêt. Se sentir belle et être fière de ce que nous sommes.

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